De nombreux collages figurent sur mes peintures. Sur un tableau qui semble hétérogènes je colle des feuilles d’orqui attirent  l'œil et créent des points qui figurent l'oppulence, surtout si le tableau est à dominante rouge. Lorsque le tableau est à dominante bleue ou grise, je préfère coller des feuilles d'argent qui sont moins prétentieuses. Je colle toutes sortes de matériaux du métal, du papier, du cuir, du tissus... qui se marient avec le tableau.

Lorque j'ai raconté en une trentaine de tableaux ma petite enfance chez ma grand-mère, j'ai collé des boutons. Ils provenaient de la "boite à boutons" prodigieuse que mon  aïeule rangeait dans un placard de notre maison picarde. La boite s'y trouve toujours. Les boutons étaient noirs pour la plupart mais ceux destinés à mes vêtements étaient colorés. Dans la même boite se trouvaient des morceaux de dentelles qui sont venus rejoindre les boutons dans mes tableaux.

La vie chez ma grand-mère était faite de simplicité. Elle se déroulait avec des rythmes bien établis qui semblaient immuables. Nous n'étions que toutes les deux, mon frère et ma soeur vivaient chez mes parents, je ne les ai vraiment connus que vers quatre ans et demie. Pour ma grand-mère, j'étais la plus belle, la plus intelligente, la plus... j'avais mon jardin, mes outils,  je nourissais mes animaux et organisais des courses d'escargots. Nous mangions ce que nous produisions. Une seule entorse, ma grand-mère achetait les laitages. Nous vivions dans deux pièces, sans salle de bains et les toilettes étaient à l'extérieur. Il ne me manquait rien, j'étais comblée. Je coloriais les dessins de La Croix avec deux crayons l'un bleu, l'autre rouge, seules couleurs de la maison. Le boucher qui. me donnait des pages blanches normalement destinées à l'emballage, était un pur bienfaiteur. Je guettais les pages du calendrier des pompiers qui une fois le mois terminé, m'offraient  une page blanche. Tout était organisé mais cela me laissait du temps libre pour rêver sur une marche d'entrée de la maison. Ma grand-mère ne m'a jamais dit "dépèche-toi" ou "vite, vite". J'imaginais des formes dans les nuages, tout était bien!

Ma richesse c'était l'imagination.