Autour de la peinture de Danielle Dumontel

Mon site présente mes peintures et quelques informations un peu codifiées sur moi et ma boutique. La peinture étant une affaire de sensibilité, cette présentation m'a semblé un peu rigide et je voudrais compenser cette rigidité en vous apportant de façon très libre des articles courts qui vous permettront de mieux comprendre ma personnalité et ma peinture. Ils seront écrits au fil des jours sans contrainte d'organisation de taille ou de fréquence. Chaque article pourra être considéré comme une pièce de puzzle, mais d'un puzzle dont la taille finale n'est pas définie, pas plus que le nombre ou la taille des pièces. L'ensemble ne sera pas cohérent puisqu'il n'y a pas de volonté de cohérence mais représentera plutôt une image de ma peinture et indirectement de moi même. Nous sommes aujourd'hui le 5 janvier 2021,  confinés pour cause de Covid et la limitation des contacts ou de relations humaines me contraint à une relation avec moi même plus intime et plus propice à l'écriture. 

Je vous souhaite une bonne lecture de mon blog.

De nombreux collages figurent sur mes peintures. Sur un tableau qui semble hétérogènes je colle des feuilles d’orqui attirent  l'œil et créent des points qui figurent l'oppulence, surtout si le tableau est à dominante rouge. Lorsque le tableau est à dominante bleue ou grise, je préfère coller des feuilles d'argent qui sont moins prétentieuses. Je colle toutes sortes de matériaux du métal, du papier, du cuir, du tissus... qui se marient avec le tableau.

Lorque j'ai raconté en une trentaine de tableaux ma petite enfance chez ma grand-mère, j'ai collé des boutons. Ils provenaient de la "boite à boutons" prodigieuse que mon  aïeule rangeait dans un placard de notre maison picarde. La boite s'y trouve toujours. Les boutons étaient noirs pour la plupart mais ceux destinés à mes vêtements étaient colorés. Dans la même boite se trouvaient des morceaux de dentelles qui sont venus rejoindre les boutons dans mes tableaux.

La vie chez ma grand-mère était faite de simplicité. Elle se déroulait avec des rythmes bien établis qui semblaient immuables. Nous n'étions que toutes les deux, mon frère et ma soeur vivaient chez mes parents, je ne les ai vraiment connus que vers quatre ans et demie. Pour ma grand-mère, j'étais la plus belle, la plus intelligente, la plus... j'avais mon jardin, mes outils,  je nourissais mes animaux et organisais des courses d'escargots. Nous mangions ce que nous produisions. Une seule entorse, ma grand-mère achetait les laitages. Nous vivions dans deux pièces, sans salle de bains et les toilettes étaient à l'extérieur. Il ne me manquait rien, j'étais comblée. Je coloriais les dessins de La Croix avec deux crayons l'un bleu, l'autre rouge, seules couleurs de la maison. Le boucher qui. me donnait des pages blanches normalement destinées à l'emballage, était un pur bienfaiteur. Je guettais les pages du calendrier des pompiers qui une fois le mois terminé, m'offraient  une page blanche. Tout était organisé mais cela me laissait du temps libre pour rêver sur une marche d'entrée de la maison. Ma grand-mère ne m'a jamais dit "dépèche-toi" ou "vite, vite". J'imaginais des formes dans les nuages, tout était bien!

Ma richesse c'était l'imagination.

 

 

 Sur un tableau le passé est traditionnellement représenté à gauche et le futur à droite. La représentation du passé dans mes tableaux est souvent très chargée. C'est un peu mon enfance qui est là et l'histoire qui se déroule vers la droite souvent comporte des couleurs légères comme mon existence, sans aucune barrière où j'entre dans un univers modulable à l'envi. Souvent je crée un point d'ancrage dans le tableau qui conduit toutes les lignes et dirige les couleurs. L'oeil est attiré par ce point ou cette tache puis suit les taches de couleurs et embrasse tout le tableau.

J'ai rencontré l'abstraction dans les chansons de Jacques Brel où tous les sentiments sont exprimés et pas seulement ceux de la violence et de l'amour. La tendresse, l'empathie sont souvent en filigrane avec délicatesse. L'énergie de ses textes est communicative et donne envie de concrétiser ses propres projets. Comme une bible j'avais un recueil de ses chansons dans ma serviette de maîtresse d'école. Chagall et Gauguin furent dans le même temps mes maîtres en matière de peinture.

Au début, mes papiers étaient gris, noirs et blancs. A Vienne, dans un musée, j'ai vu des toiles de Hundertwasser qui me conduisirent à la couleur franche, comme sortie du tube. Ce fut une révélation et un sentiment de bien être et de conversion.

Dès lors les couleurs peuvent être en harmonie ou s'affronter sur le papier. Les lignes droites, courbes entrelacées composent des pièges à couleur. Les codes de la peinture sont franchis. Les papiers s'ornent aussi de collages d'or par exemple qui s'opposent parfois à des tissus de toile de sac de grains. La richesse de l'or s'oppose à la modestie du sac comme pour dire que la possession de biens matériels nuit à la création.

Mes tableaux sont presque tous d'une seule taille: 50cm x 60 cm, la taille maximale que mes problèmes de santé me permet.  Je fais une exception chaque année  à l'occasion du  salon de la peinture à l'eau au Grand Palais  pour lequel j'éxécute au moins un grand format 80 x 100 et je suis contente de le pouvoir encore.

Je peins dans le sens horizontal, la partie gauche est chargée mais le tableau s'éclaire sur la droite. Quand je termine une série de tableaux sur le même thème et qu'il est chargé en émotion, alors arrive une autre série très légère. Je n'ai pas à m'en occuper, cela s'installe tout seul.

L'horizontalité de mes oeuvres me rassure et fabrique une assise avec laquelle je me sens bien. La verticalité au contraire me met mal à l'aise et incite au vertige.

J'aime le rouge. C’est ma couleur préférée. L’ambivalence du rouge me réconforte. Le rouge c'est la vie mais aussi l'accident. Ces deux notions sont très intéressantes car elles permettent de  raconter un embryon d’histoire.

 Le noir par opposition vient pondérer le rouge et paradoxalement le mettre en valeur. Avec le vert on arrive à une harmonie. On pourrait faire une peinture avec ces trois couleurs, mais souvent je pose toutes les couleurs parce que je les aime ou que ce sont des faire-valoir pour les autres. 

J'ai eu une période où je peignais avec beaucoup de noir. Mes amis disaient: ces tableaux là sont tristes! Or j’avais  eu l'occasion de faire un voyage en Chine, le noir de l’encre là bas est signe d’écriture, de force et j’aime l’encre de Chine noire et naturellement j’ai peint avec cette encre lumineuse.

 Ma Peinture!  Mon refuge! Là où je peux exprimer mes pensées. Je l'ai voulu gaie comme une vie rêvée loin des tourments qui traversent parfois ma tête à propos de tout et de rien.

On dit que tout vient de l'enfance. La mienne ne fut pas bonne. Tout a changé lorsque je fus reçue à l'école normale puis  j'ai rencontré mon mari. Je me suis sentie valorisée. J'ai 73 ans et je suis encore marquée au fer rouge par cette enfance douloureuse, malgré les bons soins de mon entourage actuel. C'est pourquoi j'ai choisi de raconter dans mes tableaux une vie rêvée. Quelque part il y a en moi une révolte maîtrisée par mon mari qui maintient une atmosphère de cartésianisme sans le vouloir et si j'ai des idées qui sortent de l'ordinaire, il n'en est pas surpris, il acquiesce.